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LE
CINEMA COMME IL DEVRAIT ETRE
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Pourquoi fixer des barrières invisibles mais insupportables au cinéma ? Pourquoi vouloir absolument que le Français moyen ne puisse comprendre et ressentir un cinéma peut-être à part mais si vivant, un cinéma qui aurait pu réconcilier Méliès et Lumière ? Je parle de ces films que l'on voit seulement dans les cinémas de quartier aux trois quarts dévorés par les complexes américanisés, je parle de ces films réalisés par le cœur et non par le portefeuille ; Je parle de ces films qui ne méritent pas seulement un succès d'estime. Je parle de "Central do Brazil", je parle de "Kolya", je parle de "Festen"... Tous ces films qui n'ont pas besoin de pop-corn, écran géant et son dolby machin pour exister. Mais ce sont des films que chaque être humain, quel que soit sa condition sociale,raciale, son âge, son sexe, devrait avoir la possibilité de voir.
Pourquoi vouloir absolument continuer à intellectualiser ce cinéma-là en particulier ? C'est une démarche ridicule qui réduit ses possibilités d'exister. Servez de la merde à une personne, elle la mangera, si elle n'a pas le choix. Servez lui ensuite du caviar, elle s'habituera au goût, à la texture, à la présentation et bientôt ne voudra plus de votre merde mais elle sera prête à goûter autre chose. On se fait à tout. Le Français a eu du mal à se mettre au portable, il s'y est mis. Le Français a eu du mal à se mettre à Internet, il s'y est mis. Il faut du temps pour tout. Alors arrêtons ce perpétuel nivellement par le bas, arrêtons de prendre les gens pour des cons, et arrêtons de fermer la porte d'entrée des grands complexes ou même des salles de taille moyenne aux films réalistes, beaux et humains.
Aller dans un cinéma de quartier est une démarche importante, voire impossible pour un spectateur normal : il pense qu'il va s'ennuyer, que les fauteuils ne sont pas confortables... C'est faux. Moi je me déplace dans la salle 3 de mon cinéma de Freyming, je ne m'y ennuie jamais, je découvre avec les yeux émerveillés d'un gosse, et j'ai de la place pour allonger mes jambes ! C'est un véritable microcosme où pleurer n'est plus une attitude grotesque, où la réflexion est de rigueur ou non.Je ne dis pas qu'il faut arrêter d'aller voir les comédies à gros budget ou les fabuleux thrillers américains, au contraire, il faut de tout pour faire un monde. Non je revendique le droit d'exister des films "d'art et essai"en dehors du milieu cinéphile. Je revendique leur droit à la démocratisation.
Mais personne n'ose se"mouiller" pour ces films, récompensés dans de nombreux festivals, ces films qu'on applaudit mais qu'on ne veut pas à l'affiche à coté du dernier Bruce Willis.C'est cette attitude hypocrite et gouvernée par l'argent qui détruit la plus belle partie du cinema. Oui ce sont des acteurs qui ne rapportent pas d'argent par leur seul nom sur l'affiche mais ils sont si grands ! Et les effets des machines qui vous font vibrer dans "Independance Day", ce sont des effets du cœur dans"Central do Brazil".Parfois certains films réussissent à atteindre et à toucher tout un public et non un public en particulier. On ne sait comment et pourquoi. Ces"Marius et Jeannette","La vita é bella","La vie rêvée des anges"s'imposent comme des chef d'œuvres parce que ce sont des chef d'œuvres mais parmi beaucoup d'autres qui restent et resteront dans leur ombre. Et çà quelque part, c'est injuste.
C'est pourquoi, il faut parler de ces petits films, il faut qu'ils se fassent entendre et se fasse voir partout, dans toutes les salles du monde. L'argent ne devrait pas créer des déséquilibres dans le 7ème art, dans les sentiments et les émotions qui d'ailleurs ne s'achètent. En tout cas dans mon monde... sûrement utopique.
Amandine Scherer