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LE
VOYAGE DE FELICIA
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Le voyage de Felicia est loin d'être une partie de plaisir.
Embarqué dans le sac à dos d'une très jeune irlandaise, chaussée de hauts talons et vêtue d'un anorak bleu, le spectateur est mal à l'aise. Ballotté dans une Angleterre ouvrière au bras d'une future maman déterminée à retrouver celui qui l'a mise en cloque, le spectateur fait le voyage de Felicia, un voyage au bout de l'enfer qui ne permettra aucun repit, aucun souffle de soulagement.
Une version moderne du Petit Chaperon rouge où le grand mechant loup, joué par un Bob Hoskins plus qu'angoissant, cache bien son jeu derrière le masque du misérable veuf guidé par un besoin irrésistible d'écouter son prochain.
Felicia le suivra dans les chemins sinueux de sa foret, l'écoutera sans broncher, naïve ou tragiquement perdue, se fera ou pas dévorer.Mais dans tous les cas, elle sera hantée même delivrée de ses griffes.
Et derrière cette histoire d'un vieil homme et d'une jeune fille, d'un criminel masqué et d'une victime dévouée mais non vouée, se faufilent des recettes de plus en plus pesantes, des passés de plus en plus douteux, des musiques de plus en plus oppressantes qu'Egoyan a très bien maîtrisés.
Le voyage de Felicia n'a ni vrai début ni réelle fin. Le voyage de Felicia ne déplaît pas foncierement, ne réjouit pas forcement. Le voyage de Felicia laisse juste un arrière goût, difficile à faire passer, un malaise impossible à dissiper comme l'épais brouillard qui, coïncidence, m'attendait à la sortie du cinéma. Restent deux personnes totalement face à face et un seul prénom parmi les autres, se balançant comme un métronome : Felicia, Felicia, Felicia…
Amandine Scherer