LA PLAGE

" Navet " : voilà le mot que j'ai entendu sur une chaîne de télé publique pour qualifier le dernier film de Danny Boyle, " La Plage ".Un navet est en général un très mauvais film avec un très mauvais scénario porté par de très mauvais acteurs.

Je tiens donc à commencer par-là : " La Plage " n'est pas un navet. Loin de là. Juste un film qui ne tient pas ses promesses médiatiques et subit le même sort que le dernier Kubrick, " Eyes Wide Shut ", c'est à dire attirer un public inadapté par un très grand nom en haut de l'affiche et une pub à outrance depuis plus d'un an, portée par des rumeurs de toute sorte. Et ce genre de procédé ne profite pas toujours au film.

Cette plage, je l'attendais depuis deux ans. Et je ne suis pas déçue de l'avoir attendu aussi longtemps.Mais le refrain " il y a le ciel, le soleil et Léo " ne fait pas de " La Plage " un film titanesque tout public pour autant. Car ne l'oublions pas,c'est quand même Danny Boyle qui est aux manettes,Danny Boyle qui avait réussi à nous faire douter de nos camarades de chambré avec le genialissime " Petits meurtres entre amis ",à nous faire vomir face à toutes les drogues possibles avec le cultissime " Trainspotting " et à nous faire regretter son Angleterre natale avec le nullisime " Une vie moins ordinaire ". En tout cas avec " La Plage ", il tient sa dernière promesse filmique : on l'a notre vie moins ordinaire.

La plage, celle du film, est loin d'être le paradis promis par les ragots touristiques même si Léo fait le G.O, si Guillaume rend un vibrant hommage à l'équipe de France, si Virginie prend des photos comme dans la scène d'ouverture des " Bronzés " (on sent d'ailleurs fortement l'impact de la culture française…). Même si les feuilles de cannabis se ramassent à la pelle, si chacun fait fait fait ce qui lui plait plait plait. Car c'est bien là le problème : dans ces moments-là, on est prêt à tout, vraiment à tout pour ne pas être dérangé. Et le paradis blanc se métamorphose très vite en plage abandonnée avec cadavres et crustacés. Un film existant qui n'est jamais là où on l'attend : rêve ou cauchemar, en tout cas tout le monde est bien réveillé.

Leonardo di Caprio s'efface complètement derrière son personnage Richard, embarqué dans un trip touristique avec les deux fiertés francaises, Virginie Ledoyen et Guillaume Canet qui franchement n'ont rien ou en tout cas pas grand chose à envier à leur camarade de jeux et se taillent une belle place au soleil.Non Léo n'est pas la star du film : je pencherais plutôt pour cette plage, cette fameuse plage où le naturel revient au galop, où personne n'est prêt à abandonner ses ideaux, ni cette communauté à mi-chemin entre hippies et jeux vidéo.

Parler de " La Plage " par les temps qui courent est forcement incontournable. En dire du bien est apparemment impensable. Pourtant " La Plage " est un bon film qui mêle le géni anglais à la rigueur américaine et nous plonge en apnée pendant deux heures de frissons exotiques.

" La Plage " a beaucoup de mérite : d'être d'abord l'adaptation d'un roman à succès d "Alex Garland, de faire travailler nos excellents petits francais, de donner la chance à Leonardo di Caprio de prouver qu'il n'y pas que " Titanic " dans la vie, il y a " La Plage " aussi. Et surtout d'être un film anglais, drôle, angoissant et réchauffant en même temps, diffusé dans le monde entier. Ce qui n'arrive pas tous les jours. Alors prenez-vous deux heures de vacances et direction " La Plage ".

Amandine Scherer

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