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ERIN
BROCKOVICH
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Erin, élue femme de l'an 2000
Erin Brockovich est La femme de l'an 2000 : ses atouts physiques lui servent de sésame, son franc parler de bouclier, son statut familiale de ruse sociale et sa jugeote de jackpot ! Car la vulgaire, tête à claque Erin va faire éclater au grand jour l'un des plus gros procès américains (véridique), celui d'une compagnie des eaux accusée d'empoisonnement de toute une population. Erin en talon haut récolte les signatures, Erin en mini jupe courre après les preuves, Erin bébé au bras fonce dans les tas de paperasserie sans savoir réellement ce et ceux qu'elle affronte. Mais pour Erin le plus insurmontable n'est pas de se battre contre des géants mais de décevoir ceux qui croient en elle : des paysans, des mères bourrées de tumeurs, des familles " cancérisés ", des anonymes incapables de réaliser qu'un petit bout de femme est en train de les " sauver ".
Erin Brockovich ne dégouline pas de bons sentiments : Erin est bien une emmerdeuse qui délaisse ses enfants. Mais la galerie de personnages qui l'entourent (l'ami avocat, le copain biker…) la rend plus humaine encore et donne à cette enquête judiciaire des allures de pari pas si impossible. Et si le spectateur n'est jamais vraiment confronté au procès même, c'est grâce au tour de passe passe de l'avocate en herbe, sans bagage universitaire mais armée d'un bagou à toute épreuve, qui traque les preuves avec sceau et pelle, jouant de sa propre pseudo stupidité pour amadouer les cœurs les plus durs.
On peut alors dire sans complexe que Julia Roberts est L'actrice de l'an 2000 : on l'a croyait condamnée aux rôles de dinde romantique. Mais la dinde est définitivement cuite et Julia Roberts, débarrassée de ces personnages qui lui collaient à la peau, donne à Erin Brockovich toute son energie, sa joie de vivre, ses manières de garçon manqué en décolleté et nous charme littéralement en un éclat de rire.
Et derrière la camera, un réalisateur decidemment inclassable (Sexe, mensonge et vidéo, Hors d'atteinte, L'Anglais…), Steven Soderbergh, qui suit Erin à la trace, fixant ses moindres petites manières qui ont le don de vous agacer. Pourtant cette Erin, on ne peut que l'aimer car à travers ses gros défauts et ses qualités de cœur, elle est au choix celle qu'on voudrait être, celle qu'on voudrait détester, celle qu'on voudrait avoir à ses cotés ou tout simplement celle qu'elle est. Une femme qui dépasse tous les préjugés et vous fait passer les deux heures de ciné les plus délicieuses de ce début d'année.
Amandine Scherer