L'ENFER DU DIMANCHE

Chez nous le dimanche est jour du Seigneur. De l'autre coté de l'Atlantique, c'est le jour des dieux du stade : les joueurs de football américain, fiertés patriotiques de plusieurs générations de yankees, élevés au Superbowl.

Imaginez notre finale de la coupe du monde France-Bresil, rajoutez quelques millions de (télé)-spectateurs, faites-y chanter Jean Jacques Goldman et Mireille Matthieu (les équivalents français de Ricky Martin et Madonna), reproduisez l'évènement chaque année et vous aurez une petite(toute petite) idée de ce qu'est le football américain.

Pas etonnnat que le provocateur Oliver Stone se soit intéressé de près à ce phénomène sportif très médiatique au point de lui consacré plus de deux heures de film et d'en faire le héros volant la vedette à Cameron Diaz et Al Pacino.

Car si vous détestez regarder des mastodontes, viriles et baraqués, se rentrer dans le lard et s'acharner à prendre le ballon à coup de casque et de cris de bêtes, n'hésitez pas à changer de salle : L 'Enfer du dimanche est un film qui brode une histoire autour d'une équipe de football américain en perte de vitesse. Les matchs se suivent et se ressemblent : il faut aimer et connaître un minimum ce sport pour apprécier le film tel qu'il est. A partir de ce simple constat, on peut alors s'extasier devant ces poussées d'adrénaline que provoquent les images rapides et déglinguées de Stone, filmant le cœur des matchs où vous ressentez les moindres coups, les attaques des fauves prêts à tout pour s'arracher la plus grosse part du gâteau. Et derrière la " beauté " du jeu se cachent les affaires de fric gérées par une Cameron Diaz pas si garce qu'elle n'y paraît, la puanteur des joueurs trop vite auréolés, les intérêts personnels qui rattrapent le collectif, maître mot de toute possible victoire. Ces déviances du jeu se retrouvent alors sur le terrain où la star montante cotoit le quaterback sur la sellette (interprété par le trop rare Dennis Quaid, spécialisé dans la culture des navets)dans une ambiance de soir d'orage qui électrise le spectateur, alors prêt à déverser sa propre testostérone (même s'il n'en a pas…) le temps d'un match filmé.

Stone vous donne le goût du fric, l'odeur de la transpiration, la vue du sang, le bruit des stades plein à craquer : vous touchez de prêt à cet enfer du dimanche. Sur et hors du stade, la camera est est là pour violer l'intimité d'un sport national que beaucoup aimeraient parfait. Mais il ne l'est pas.

Et si L'Enfer du dimanche est bien un film, c'est grâce à l'interprétation d'Al Pacino, qui accroche un nouveau rôle à son palmarès decidemment eccelctique : celui d'un entraîneur vieillissant mais pas encore prêt à sacrifier ses valeurs sportives très peu partagés. Pacino cri et se démène tout en passant parfois pour un looser et on y croit jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde de match qui réveillera les esprits du jeu.

L'enfer du dimanche est un film à voir et à revoir surtout pour son sujet, le football américain, véritable phénomène de société, emblème du mâle dans toute sa splendeur mais aussi issu de secours pour la plupart des minorités noires au même titre que le basket. Pour Oliver Stone, c'est un nouveau terrain (miné) de jeu pour dénoncer les travers de la société américaine, decidemment vraiment meilleure que les autres…

Amandine Scherer

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